Leutnant
Démocratie Participative
\n02 novembre 2779 (“2026”)

Troyes, Afrique du Nord
Belkacem Kara a beaucoup apporté à la France.
C’est lui ? » demande une femme à sa petite sœur. « Oui », souffle la mineure, en regardant droit devant elle. Belkacem Kara, 60 ans, vient de passer la porte du tribunal de Troyes.
Il comparaît en ce vendredi 30 octobre pour des faits variés. Voyeurisme commis sur un mineur, outrage à agent, refus de se soumettre à un dépistage d’alcoolémie et outrage sexiste. « Je suis pas un pervers, je suis pas un pédophile, proteste l’accusé. La jupe était au ras du sol, c’est pas possible. » Et d’ajouter : « En prison, les pédophiles, on les tabasse. »
Pourtant, le 11 juin 2026, à la poste de Troyes, Belkacem Kara regarde bien Sylvia (le prénom a été modifié) avec insistance. Accroupi derrière l’adolescente, il se baisse à hauteur de sa cheville. Une cliente s’en aperçoit et tire la jeune fille par le bras. Sylvia se retourne : l’homme est à genoux, il la fixe en souriant.
Lorsque le président lui demande pourquoi il a agi ainsi, l’accusé répond : « Lorsque j’ai été créé, on m’a mis deux yeux dans les orbites, je croyais que c’était pour m’en servir. » En entendant ces mots, Sylvia fond en larmes. À la barre, la voix nouée, elle raconte le choc ressenti ce jour-là. « J’ai arrêté de porter des jupes longues, dit-elle d’une voix blanche. Des fois, je vois sa tête avant de dormir. »

Le second volet de l’affaire remonte au mercredi 28 octobre. Les policiers sont appelés parce qu’un homme crache sur des passants. Belkacem Kara insulte les fonctionnaires, tient à une policière des propos à connotation sexuelle et refuse de souffler dans l’éthylomètre. Il reconnaît ces faits, tout en assurant ne se souvenir de rien : « J’avais bu deux 8.6 et je n’avais pas pris mon traitement contre la schizophrénie. »
Sans domicile fixe depuis six mois, le sexagénaire affiche 25 condamnations depuis 1987, notamment pour vols et violences. Il sollicite « une dernière chance », le temps d’obtenir un logement. « Une dernière chance ou une 26e chance ? », rétorque le président.
La procureure dénonce « le paroxysme de l’incapacité à se remettre en question ». Si le prévenu nie le voyeurisme, avance-t-elle, c’est surtout qu’il redoute l’étiquette de pédophile en détention. Elle requiert 18 mois de prison avec mandat de dépôt.
La défense plaide la relaxe pour le voyeurisme : la vidéo n’a jamais été diffusée et, selon le procès-verbal, son client se serait simplement penché vers des présentoirs. « Peut-être qu’il l’a mise mal à l’aise, concède l’avocat, mais de là à parler de voyeurisme… »
Le tribunal déclare tout de même Belkacem Kara coupable de l’ensemble des faits, et le condamne à 15 mois de prison ferme, avec maintien en détention, ainsi qu’à 500 € d’amende pour l’outrage sexiste. Avant de partir en prison, l’homme fait son mea culpa : « Je présente mes excuses aux forces de l’ordre. En ce qui concerne la demoiselle, je n’avais pas de mauvaises intentions. »
La 26ème fois, ce sera la bonne.
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